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Les bienfaits insoupçonnés des balades en pleine nature pour la santé mentale

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Entre le travail, les écrans, les obligations familiales et le rythme effréné du quotidien, il devient de plus en plus difficile de trouver de vrais moments pour souffler. Stress, fatigue mentale, anxiété ou baisse de moral touchent aujourd’hui de nombreuses personnes, adultes comme enfants. Dans ce contexte, les bienfaits des balades en nature suscitent un intérêt croissant, non seulement auprès du grand public, mais aussi de la recherche scientifique.

Se promener dans un parc, en forêt ou à la campagne n’est pas qu’un simple loisir : ces moments au contact de la nature semblent avoir un impact réel sur notre équilibre émotionnel et notre bien-être mental. 

L’objectif de cet article est de faire le point sur ce que disent les études scientifiques actuelles concernant les vertus des balades en milieu naturel sur la santé et pourquoi ces habitudes simples peuvent faire une vraie différence au quotidien.

I. Bienfaits des balades dans la nature

1. Réduction des symptômes d’anxiété et de dépression

Les balades en nature sont associées à une réduction significative des symptômes d’anxiété et de dépression, en comparaison avec des promenades en environnement urbain ou avec l’absence d’activité. Plusieurs études indiquent que l’exposition aux espaces verts a un effet positif mesurable sur la santé mentale, en particulier sur l’humeur et les symptômes anxio-dépressifs [1, 2]

Une méta-analyse montre que les personnes exposées régulièrement à des environnements naturels présentent des scores plus faibles de dépression et d’anxiété, indépendamment du niveau d’activité physique [3]. Les auteurs soulignent que ces effets sont observés aussi bien chez des adultes en bonne santé que dans certaines populations vulnérables, notamment les personnes exposées à un stress chronique.

Les mécanismes proposés incluent une diminution de la rumination mentale, une réduction de la charge cognitive et une modulation favorable des réponses neuroendocriniennes liées au stress [4].

2. Amélioration de la régulation émotionnelle et réduction du stress

Les promenades en nature sont également associées à une amélioration de la régulation émotionnelle et à une réduction du stress perçu. Des études expérimentales montrent que marcher dans des environnements naturels augmente l’affect positif et diminue les émotions négatives par rapport à des environnements urbains [5].

Des travaux mesurant des biomarqueurs objectifs indiquent une baisse significative du cortisol salivaire (marqueur du stress) après une marche en milieu naturel, suggérant une réduction de l’activation de l’axe hypothalamo-hypophyso-surrénalien [6]. Les promenades en forêt, souvent étudiées sous le terme de forest bathing ou shinrin-yoku, sont associées à une amélioration de l’état émotionnel global et à une diminution du stress physiologique [7].

Ces effets semblent dépendre à la fois de la stimulation sensorielle naturelle et de l’éloignement temporaire des facteurs urbains stressants (bruit, pollution, surcharge informationnelle).

3. Effets cognitifs et restauration de l’attention

La théorie de la restauration de l’attention (Attention Restoration Theory, ART) propose que les environnements naturels favorisent la récupération de l’attention dirigée, réduisant ainsi la fatigue mentale. Contrairement aux environnements urbains, la nature sollicite une attention involontaire douce, permettant aux ressources cognitives de se reconstituer [8].

Des études comparatives montrent que marcher en nature améliore les performances sur des tâches de mémoire de travail et de concentration par rapport à une marche en milieu urbain [9]. D’autres travaux indiquent une réduction de la rumination mentale, un facteur cognitif central dans l’anxiété et la dépression [4].

Ces résultats suggèrent que les balades en nature peuvent soutenir les fonctions cognitives, en particulier chez les personnes exposées à une charge mentale élevée ou à un stress prolongé.

4. Effets combinés nature + activité physique sur la santé globale

Une femme respire l'air frais de la forêt et profite des bienfaits d'une balade dans la nature.

La marche est une activité physique d’intensité modérée reconnue pour réduire le risque de maladies chroniques, notamment les maladies cardiovasculaires, le diabète de type 2 et la mortalité toutes causes confondues [10]. Lorsqu’elle est pratiquée en milieu naturel, plusieurs études suggèrent que ses bénéfices sur la santé mentale sont supérieurs à ceux de la marche urbaine [11].

L’activité physique régulière améliore la fonction cardiovasculaire, la sensibilité à l’insuline et le profil inflammatoire systémique [12]. Les environnements verts semblent renforcer ces effets en augmentant l’adhésion à long terme à l’activité physique et en réduisant la perception subjective de l’effort [13].

Ainsi, la combinaison nature + activité physique constitue une approche synergique, bénéfique à la fois pour la santé mentale et physique.

5. Réduction du risque de maladies chroniques

L’exposition régulière aux espaces verts est associée à une diminution du risque de maladies cardiovasculaires, d’hypertension, d’obésité et de mortalité prématurée [14]. Ces associations persistent après ajustement pour l’activité physique, suggérant des effets indépendants mais complémentaires.

Des études de cohorte à grande échelle montrent que les personnes vivant dans des environnements plus végétalisés présentent un risque plus faible de mortalité toutes causes confondues [15]. Les mécanismes proposés incluent une réduction du stress chronique, une amélioration de la qualité de l’air et une modulation favorable des comportements de santé.

6. Amélioration des performances physiques et fonctionnelles

Marcher en nature est associé à une meilleure endurance fonctionnelle et à une diminution de la fatigue perçue, notamment chez les personnes sédentaires, âgées ou exposées à un stress élevé [11]. Certaines études suggèrent une récupération plus rapide après l’effort et une amélioration de la motivation à l’activité physique lorsqu’elle est pratiquée en environnement naturel.

Chez les populations âgées, la marche en extérieur dans des espaces verts est associée à une meilleure mobilité, un équilibre amélioré et une diminution du risque de déclin fonctionnel [16].

Illustration d'une jeune femme ayant un système immunitaire renforcé grâce à une bonne hygiène de vie.

7. Effets sur l’immunité et l’inflammation

Certaines études, en particulier celles portant sur les forest walks, montrent une baisse de marqueurs inflammatoires et des modifications favorables de certains paramètres immunitaires, comme l’activité des cellules NK [7, 17]. Ces effets sont encore exploratoires et les mécanismes précis ne sont pas totalement élucidés.

Les auteurs soulignent que la réduction du stress oxydatif et de l’inflammation systémique pourrait contribuer aux bénéfices globaux observés sur la santé, sans que ces résultats ne puissent être interprétés comme des effets thérapeutiques directs.

II. En pratique : comment intégrer les balades dans la nature dans son quotidien pour leurs bienfaits ?

1. Durée et fréquence recommandées selon les études

Les protocoles utilisés dans les études scientifiques varient, mais plusieurs travaux convergent vers des durées comprises entre 20 et 90 minutes. Une étude expérimentale a montré qu’une marche de 90 minutes en milieu naturel réduisait significativement la rumination et l’activité du cortex préfrontal subgénual, comparativement à une marche urbaine [4]. 

D’autres travaux suggèrent que des expositions plus courtes, dès 20 à 30 minutes, sont suffisantes pour induire une baisse mesurable du cortisol salivaire [6]. 

🚶 En pratique, une durée de 30 à 50 minutes, une à trois fois par semaine, correspond à la majorité des protocoles efficaces observés dans la littérature.

2. Adapter les balades malgré les contraintes urbaines ou climatiques

Les bénéfices des balades en nature ne sont pas réservés aux environnements sauvages. Les études incluent fréquemment des parcs urbains, des jardins publics ou des zones arborées, et montrent déjà des effets significatifs sur l’humeur et le stress [2]. En cas de contraintes climatiques, certaines données suggèrent que la régularité de l’exposition importe davantage que les conditions idéales. La marche lente, sans objectif de performance, reste la modalité la plus étudiée et la mieux tolérée.

3. L’importance de la nature, même à petite dose

Plusieurs travaux montrent que de courtes expositions à des espaces verts suffisent à produire des effets mesurables sur l’humeur et l’estime de soi. Une revue sur le concept de green exercise indique que des effets positifs apparaissent parfois dès 5 à 10 minutes d’activité en environnement naturel, bien que les bénéfices augmentent avec la durée [18]. 

Ces résultats soutiennent l’idée que même une exposition partielle à la nature, via des parcs de proximité ou des jardins, constitue une stratégie pertinente en milieu urbain.

Conclusion

Les données scientifiques actuelles indiquent que les balades en nature sont associées à une amélioration de l’humeur, une réduction du stress et des bénéfices cognitifs mesurables, notamment sur l’attention et la rumination mentale. 

En pratique, des promenades régulières de 30 à 50 minutes, même en milieu urbain dans des environnements naturels aménagés, constituent une stratégie accessible et cohérente avec les recommandations de santé mentale. Sans se substituer aux approches thérapeutiques classiques, les balades en nature peuvent être envisagées comme un complément simple et fondé sur des preuves, en particulier chez les femmes exposées au stress chronique.

👉 Pour approfondir ce sujet, vous pouvez consulter l’article dédié au stress chez les femmes, qui explore d’autres leviers validés scientifiquement.

Bibliographie

Voir les références scientifiques

  1. Twohig-Bennett C, Jones A. The health benefits of the great outdoors: a systematic review and meta-analysis of greenspace exposure and health outcomes. Environ Res. 2018;166:628-637. doi:10.1016/j.envres.2018.06.030
  2. Gascon M, Triguero-Mas M, Martínez D, et al. Mental health benefits of long-term exposure to residential green and blue spaces: a systematic review. Int J Environ Res Public Health. 2015;12(4):4354-4379. doi:10.3390/ijerph120404354
  3. van den Bosch M, Meyer-Lindenberg A. Environmental exposures and depression: biological mechanisms and epidemiological evidence. Curr Opin Psychol. 2020;32:123-127. doi:10.1016/j.copsyc.2019.07.020
  4. Bratman GN, Hamilton JP, Hahn KS, Daily GC, Gross JJ. Nature experience reduces rumination and subgenual prefrontal cortex activation. Proc Natl Acad Sci U S A. 2015;112(28):8567-8572. doi:10.1073/pnas.1510459112
  5. McMahan EA, Estes D. The effect of contact with natural environments on positive and negative affect: a meta-analysis. J Posit Psychol. 2015;10(6):507-519. doi:10.1080/17439760.2014.994224
  6. Hunter MR, Gillespie BW, Chen SYP. Urban nature experiences reduce stress in the context of daily life based on salivary biomarkers. Front Psychol. 2019;10:722. doi:10.3389/fpsyg.2019.00722 
  7. Li Q. Effect of forest bathing trips on human immune function. Environ Health Prev Med. 2010;15(1):9-17. doi:10.1007/s12199-008-0068-3
  8. Kaplan S. The restorative benefits of nature: toward an integrative framework. J Environ Psychol. 1995;15(3):169-182. doi:10.1016/0272-4944(95)90001-2 
  9. Berman MG, Jonides J, Kaplan S. The cognitive benefits of interacting with nature. Psychol Sci. 2008;19(12):1207-1212. doi:10.1111/j.1467-9280.2008.02225.x 
  10. Lee IM, Shiroma EJ, Lobelo F, et al. Effect of physical inactivity on major non-communicable diseases worldwide. Lancet. 2012;380(9838):219-229. doi:10.1016/S0140-6736(12)61031-9 
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  13. Mitchell R. Is physical activity in natural environments better for mental health than physical activity in other environments? Soc Sci Med. 2013 Aug;91:130-4. doi: 10.1016/j.socscimed.2012.04.012. Epub 2012 May 8. PMID: 22705180. 
  14. Gascon M, Sánchez-Benavides G, Dadvand P, Martínez D, Gramunt N, Gotsens X, Cirach M, Vert C, Molinuevo JL, Crous-Bou M, Nieuwenhuijsen M. Long-term exposure to residential green and blue spaces and anxiety and depression in adults: A cross-sectional study. Environ Res. 2018 Apr;162:231-239. doi: 10.1016/j.envres.2018.01.012. Epub 2018 Jan 19. PMID: 29358115. 
  15. James P, Hart JE, Banay RF, Laden F. Exposure to greenness and mortality in a nationwide prospective cohort study of women. Environ Health Perspect. 2016;124(9):1344-1352. doi:10.1289/EHP181
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  17. Li Q, Kobayashi M, Wakayama Y, et al. Effect of phytoncide exposure on human natural killer cell activity in a forest bathing trip. Int J Immunopathol Pharmacol. 2009;22(4):951-959. doi:10.1177/039463200902200410

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Marlène Barthelme

une photo de moi, Marlène, fondatrice du média Famtastique

Fondatrice et responsable éditoriale de Fam’tastique. Ancienne cheffe de projet pendant 4 ans au sein d’une entreprise européenne de compléments alimentaires, elle travaille aujourd’hui à la création de contenus santé et bien-être fondés sur l’analyse critique de sources scientifiques et le respect du cadre réglementaire européen. En savoir plus sur l’autrice